Sparte-i en sucette
La dernière fois que j'avais mis les pieds (et tout le reste du corps d'ailleurs, c'est quoi cette expression débile encore ?) dans une salle de cinéma, c'était il y a trois semaines pour aller voir La môme, beau film, mais déprimant à souhait. Histoire de me changer les idées, de me remonter le moral et de faire dans la finesse, ce soir je suis allé voir avec les potos Thanos et Jack un film d'hommes, avec des hommes, pour les hommes. Ouhaouh ! (Ceci était un cri rauque) Hum... Je suis donc allé voir 300.

300 (Srui heundrèdsse dans la langue de Shakespeare et de Mister Bean), c'est d'abord et avant tout un comics, c'est-à-dire une bande dessinée américaine, créée par Frank Miller, l'auteur du très médiatisé Sin City (le comics encore une fois, pas l'adaptation cinématographique, même si cette dernière est vraiment très fidèle et très réussie). Et ce comics, tout comme le film qui en est là encore la fidèle adaptation, prend un épisode de l'Antiquité et le remanie pour en faire une histoire passionnante, avec des gentils, des méchants, des combats, des monstres, des complots, des combats, des trahisons, du sexe, du sang, et des larmes. Et des combats.
Cet épisode, c'est la bataille des Thermopyles (les "Portes Chaudes"), nom de montagnes formant un étroit défilé d'une dizaine de mètres de large au maximum, seul passage entre la Grèce de l'Est et de l'Ouest. Cette bataille, livrée en -480, opposa 1000 soldats grecs, 300 Spartiates et 700 Athéniens, à l'armée des Perses dirigée par Xerxès 1er, qui comptait selon les historiens de l'époque presque 2 millions de soldats (350 selon la police, qui ont d'ailleurs tous été reconduits à la frontière, ils n'avaient pas leurs papiers et ne parlaient pas français). Le but de se battre dans ce défilé était bien sûr pour les Spartiates d'annuler l'effet du nombre de leurs opposants, qui ne pouvaient pas attaquer par milliers, et dont les assauts venaient se briser contre le mur des soldats grecs. Je ne vous raconterai pas comment cette bataille s'est terminée, ça ferait spoiler si vous voulez aller voir le film, et si vous voulez vraiment le savoir, Google est votre ami.
Faisons abstraction des énooormes libertés historiques qui ont été prises dans le comics (et donc dans son adaptation) et intéressons-nous plutôt au coeur du film. Alors, que dire... 300 est avant tout un film de guerre. Pire, de guerre antique, à coups de glaives et de lances, tranchant ici, transperçant là, avec de la sueur et du sang. Le film met en scène plus particulièrement les 300 valeureux Spartiates, menés par leur roi Léonidas 1er, partis à la guerre défendre leur ville et leur patrie. A l'écran, c'est donc des hommes grands et forts, musclés comme c'est pas permis, avec des tablettes de chocolat à faire pâlir l'actuel gouverneur de Californie, vêtus d'un simple slip et d'une cape rouge (historiquement, le slip était optionnel, mais je remercie Frank Miller d'avoir fait cet écart-là pour le coup), qui tiennent la vedette en se battant contre l'envahisseur, armés de leurs seuls glaives, lances, boucliers, casque, courage, détermination, et surtout entraînement draconien au combat (ah ça fait quand même pas mal de choses au final). Des vraies bêtes de guerre. Des machines à tuer, qui préfèrent mourir au combat que de reculer d'un centimètre. Et en face, ce sont des centaines, des milliers de guerriers perses, avec leurs dreadlocks, leurs piercings, leurs masques terrifiants, leur "magie" et même leurs monstres incroyables, qui jouent le rôle, il faut bien le dire, de chair à can... à lance. En parallèle, on suit quand même (histoire de ne pas non plus faire d'overdose de testostérone) le combat mené par la reine, restée à la ville, pour convaincre le Conseil des anciens d'envoyer des renforts pour sauver son pauvre mari et ses valeureux guerriers, qui c'est sûr vont se faire massacrer si on fait rien, je vous en supplie, c'est le roi quand même, bande de sales vioques.
Voilà, c'est le scénario. Au niveau de la richesse de l'histoire, de la profondeur des personnages, voire même du coup du jeu des acteurs (parce que bon crier en courant et en donnant des coups de lance de partout, c'est pas forcément le jeu d'acteur le plus subtil qu'on ait pu voir jusqu'ici), 300 est creux. Voire même pénible par moment. Scènes inutiles (tiens si on mettait un peu de sexe là juste histoire de dire ?), scènes à la limite du plagiat (je défie quiconque de ne pas penser au Seigneur des Anneaux et à Gladiator à certains moments), scènes cliché, rebondissements téléphonés, exagération extrême des quelques thèmes du film (oui oui c'est bon on a compris que les guerriers de Sparte ils sont super balèzes, ça fait une heure et demie qu'on les voit se battre, je crois qu'on a bien compris là, pas la peine d'en remettre une couche), au niveau du fond, 300 est proche de l'intérêt cinématographique 0.
Mais (car il y a toujours un "mais"), l'intérêt du film n'est pas vraiment là... 300 est un feu d'artifices d'effets spéciaux, une débauche d'effets visuels avec utilisation à outrance de scènes de combat chorégraphiées au ralenti, des effets numériques qui permettent au réalisateur de jouer avec les décors, avec la lumière, avec les personnages, et au spectateur d'en prendre plein les mirettes et d'être complètement plongé au coeur de l'action. Même les passages où le film s'égare un peu sont souvent prétexte à des prouesses de mise en scène et d'effets divers et variés, comme si le réalisateur avait voulu se faire plaisir avec la technologie à sa disposition.
Résultat, 300, au-delà d'un véritable film (qui comme vous l'aurez compris est des plus basiques), est plus une expérience visuelle, à l'esthétisme exacerbé, avec laquelle on se retrouve aux frontières de l'oeuvre d'art. Certains adhèreront complètement, plongeant dans cet univers avec émerveillement, sans se soucier du reste. Pour ma part, ne pouvant m'empêcher d'être plus critique (est-ce un mal ou un bien, quand on va voir un film ?..), je salue l'exercice, à mon avis pleinement réussi, avec respect, mais ça ne me suffit pas pour sortir satisfait d'un film comme celui-là. C'est dommage.
En conclusion, si vous voulez vous divertir en regardant pendant 2 heures ce que le cinéma peut offrir de plus spectaculaire, de plus extrême, ou plutôt de plus esthétique en ce moment, tentez le coup, surtout que c'est typiquement le genre de film qu'il faut voir au cinéma et pas à la télévision. Si vous recherchez la moindre profondeur... passez votre chemin. Vous pouvez tout aussi bien regarder la bande-annonce en boucle et aller lire toute l'Histoire originale sur Wikipedia, le reste ne manquera pas à votre culture...