Let the police do its job
Ok, alors on va faire un jeu. Quand il y aura écrit (1), vous direz tous ensemble "enfants !", et quand il y aura écrit (2), vous direz tous ensemble "bandes dessinées !", ok ? C'est toujours dans le cadre de l'évolution de l'interactivité de mon petit blogounet. :p
Aujourd'hui, c'est mercredi (enfin en vrai c'est jeudi mais on s'en fout faisons comme si on était vraiment au jour de l'article, merci). Et le mercredi, c'est le jour des (1) (ça va, ça a marché, vous suivez ?), mais sur ce blog, comme seuls les plus anciens de mes fidèles le savent encore, c'est aussi et surtout le jour des (2). En plus ça tombe bien parce que comme l'a souligné Thanos il y a quelque temps, non seulement j'en ai encore quelques anciennes dont je ne vous ai pas encore parlé, mais j'en ai aussi des toutes nouvelles.
Et pourtant. Et pourtant aujourd'hui je ne vais pas parler de bandes dessinées (j'arrête parce que je sais qu'il ne faut pas trop vous en demander non plus :p ). Parce que ça fait déjà plusieurs jours que ça me démange fortement, il y a un moment où il va falloir que ça sorte : je veux vous parler de mon ressenti de la campagne présidentielle et de son évolution. Mais finalement ça non plus, je ne vais pas le faire tout de suite. Il vous faudra patienter encore juste quelques petits jours. Car l'actualité de cette dernière semaine m'a donné matière à un préambule sur ce sujet qui me tenait justement à coeur. Une introduction à point nommé pour un sujet qui m'inquiète, qui me concerne, et qui nous concerne toutes et tous (sauf toi, lecteur étranger, quoique je ne vais pas parler que de politique française mais aussi et avant tout d'humanité, alors tu peux rester, je t'aime).
Avant de rentrer dans le vif du sujet, j'aimerais faire une mise au point. La plupart d'entre vous ne me connaissent pas du tout, ne m'ont jamais vu, jamais parlé, certains de mes lecteurs les plus assidus auront peut-être réussi à glaner quelques informations au fil de mes articles, à établir un semblant de profil psychologique, mais, basiquement, vous ne me connaissez pas. Alors voilà, je me présente, je m'appelle Henri, j'aimerais bien réussir ma vie, être aimé... Hum, pardon, je m'égare. Non, plus sérieusement, sachez toutes et tous autant que vous êtes que je suis du côté de l'Ordre et surtout du Respect. Quand j'étais petit, je disputais mon père quand il se garait sur une place interdite, je ne tuais pas les animaux (même les fourmis et les mouches), je n'ai jamais rien volé (l'idée même d'un tel acte m'aurait empli de tremblements des pieds à la tête et de violents maux de ventre), j'ai toujours tout fait pour éviter les conflits physiques, j'ai déjà envisagé de m'engager dans la police pour punir les Méchants, bref, ces éléments paraissent décousus mais ce que je veux dire c'est que je n'ai jamais cautionné d'actes délictueux, illicites, ou autres, bien au contraire. Que ce soit clair. Je me verrais bien en chevalier vertueux allant au secours de la veuve et de l'orphelin, combattant les vils bandits, mais il me manque le cheval, l'armure, et l'épée. Entre autres. Attention, je ne dis pas non plus que je suis un Ange ou un Saint, faut pas déconner non plus. Loin de là même. Mais disons que si j'avais survécu au Fléau de Stephen King, je serais sans doute plus à Boulder qu'à Las Vegas.
Ca, c'est dit. Maintenant, j'aimerais parler de ces fameux incidents qui ont eu lieu mardi soir à la Gare du Nord, à Paris. Vous avez tous dû en entendre parler, à la radio, dans les journaux, à la télé, les média ont relayé l'info puis les politiques s'en sont emparés aussitôt, comme une massue qui traînerait là, et en ont profité pour se mettre sur la gueule dans la joie et l'allégresse. Pour les ermites, et toujours nos amis Alzheimer (mais là c'est quand même un bon niveau hein), je rappelle les faits tels qu'ils ont été rapportés : un homme de 32 ans a été interpellé dans l'après-midi par les contrôleurs de la RATP alors qu'il sautait un portique du métro (sans payer donc). Il a apparemment protesté et s'est débattu. Des gendarmes sont très vite arrivés sur les lieux, et c'est là qu'on ne saura probablement jamais ce qui s'est véritablement passé, toujours est-il que dans l'échauffourée qui a suivi deux agents de la RATP ont été blessés (l'un d'entre eux a 6 jours d'arrêt de travail) et l'homme a été maîtrisé de façon très brutale puis emmené dans un local de la RATP proche. Quelques dizaines de témoins, dont des jeunes, témoins de la scène, se sont alors amassés autour du local en question en signe de protestation. Et c'est là que moults gendarmes et policiers sont arrivés en renfort et se sont déployés pour éviter tout débordement. Des annonces ont été faites très intelligement au micro dans toute la gare et sur les lignes proches pour exposer la situation aux usagers, les journalistes se sont rendus sur place, les téléphones portables ont chauffé, il n'en fallait pas plus pour que le groupe initial de protestataires grossisse de façon démesurée et que des affrontements éclatent, certains fauteurs de trouble et autres casseurs ne venant sur place que pour mettre le souk et jouer au chat et à la souris avec la police (c'est toujours plus amusant que de zoner toute la soirée à rien foutre). Ca a dégénéré à certains endroits, mais étrangement tous les accès n'étaient pas bloqués par les forces de l'ordre, ce qui fait que des bombes lacrymogènes ont été utilisées dans les couloirs de la gare par la police, enfumant au passage quelques usagers. A minuit, c'était terminé.
Ca, c'est les faits, relatés de la façon la plus objective possible. Voilà maintenant, si ça vous intéresse (sinon passez à la suite direct), ce que j'en pense. Le mec a fraudé. Soit. J'ai moi-même déjà fraudé plein de fois dans ma folle jeunesse en prenant les TCL (bus ou métro), et des fois je me faisais chopper, c'était les règles du jeu. Qui ne l'a jamais fait, sincèrement ? Maintenant, c'est ce qui s'est passé ensuite qui est plus inquiétant. Visiblement il s'est débattu, a été agressif, et là il n'aurait pas dû. Il n'a pas accepté les règles du jeu, il a eu tort. Ensuite, les questions qu'on peut légitimement se poser c'est : pourquoi les témoins de la scène ont réagi comme ça ? Juste par rébellion basique contre les forces de l'ordre ou par véritable sentiment d'injustice (c'est une vraie question) ? Et le déploiement policier, complètement disproportionné dans les premiers temps, était-il nécessaire ? Est-ce que les centaines de jeunes ne sont justement pas arrivées en masse à cause de ce déploiement massif hautement spectaculaire, en sachant pertinemment que ça allait mal tourner ? Encore une fois je ne cautionne rien, je m'interroge juste sur ce qui s'est réellement passé et quelles en ont été les causes. Je n'ai pas assez d'informations pour en faire une réelle interprétation. Par comme notre nouveau ministre de l'Intérieur, par exemple, François Baroin, qui s'est empressé d'annoncer à la presse que le Congolais de 32 ans était un voyou de la pire espèce, en situation irrégulière en France depuis plus de vingt ans, avec 22 condamnations à son encontre. C'est bien les gens qui ont des informations précises comme ça et qui les communiquent aussi volontiers aux autres gens. Bravo monsieur notre nouveau ministre de l'Intérieur. Aussi efficace que le précédent. Ah oui, il faut quand même savoir qu'en vrai l'homme interpellé n'est pas en situation irrégulière, et qu'il a non pas 22 mais 7 condamnations à son casier, dont 6 vieilles d'il y a plus de 10 ans, pour petits vols de nourriture dans les supermarchés, port illégal d'un Opinel, et opposition à une mesure d'expulsion. Comme quoi la vérité de nos ministres est toujours aussi relative... Non mais je le comprends, François Baroin, ça commence comme ça et puis l'étape d'après c'est terroriste, hein, faut bien faire attention !
Et puisqu'on parle du petit Nicolas, notre très regretté ministre de l'Intérieur et futur ex-candidat à la présidentielle, je voulais revenir sur une autre histoire. Car quelques jours avant les affrontements de la Gare du Nord, on a eu droit à une autre drôle d'affaire, devant une école maternelle cette fois-ci. Et à cette époque, le 20 Mars, le petit Nicolas était toujours le chef des monsieurs en bleu. L'histoire, c'est un grand-père chinois, sans papiers, qui se trouvait dans un bar en face de l'école maternelle Rampal, où sont scolarisés ses deux petits-enfants, dans le XIXème arrondissement, toujours à Paris. Des policiers ont alors voulu l'arrêter et l'emmener au commissariat, vers 18h, mais des parents d'élèves des 4 écoles du quartier ont été alertés de l'arrivée des policiers et se sont opposés à l'arrestation du grand-père. Les parents d'élève se couchaient sur la route pour empêcher la voiture de police de partir, et s'amassaient autour du véhicule en protestant. Des renforts policiers sont arrivés et ont viré tout le monde à coups de matraque et de bombes lacrymogènes (les vidéo sont disponibles sur Internet). Cette fois ça n'était pas des voyous en face, des casseurs, ni même des jeunes désoeuvrés, mais des parents d'élèves, choqués de ce qui se passait. Il faut également savoir que la veille, le lundi, directement à la sortie de l'école maternelle cette fois, les policiers avaient tenté d'arrêter une dame venue chercher sa petite fille, ce qui avait provoqué une réaction de colère de la part des parents présents. C'est pourquoi la réaction de mardi soir a été aussi forte. Car si cet épisode en particulier a été médiatisé à cause de l'action des parents présents et de la directrice de l'école, qui a d'ailleurs été placée en garde à vue le vendredi matin pour faire bonne mesure (elle et le grand-père chinois ont tous les deux été relâchés depuis), c'est loin d'être une action policière isolée. Ca a révélé une situation un peu ahurissante : les "rafles" (le porte-parole de l'UMP, Jean-François Coppé, peut trouver ce terme insultant, il correspond pourtant parfaitement à la situation) de sans papiers par la police, que ce soit à la sortie des écoles ou à la sortie des Restos du Coeur, est monnaie courante. Ces actions répétées créent un malaise compréhensible au sein de la population.
Pour finir, j'aimerais rappeler quelques petites choses. A Los Angeles, Californie, le motto de la police est "To Protect and To Serve" (Protéger et Servir). En France, à l'origine, le rôle de la police est défini comme tel : "La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée."
Pour moi, la police est là pour faire régner l'Ordre, la Loi, et le Respect. Une sorte d'ordre de chevaliers des temps modernes, les défenseurs de la veuve et de l'orphelin du XXIème siècle. La police est là pour servir la population, et pour la protéger d'éventuels dangers internes (l'armée étant là pour les dangers externes). Alors qu'on m'explique : quel danger représente pour le peuple français un grand-père chinois sans papiers ? Quelle justification y'a-t-il à balancer des bombes lacrymogènes sur des parents d'élèves protestant contre un acte qui leur semble abusivement autoritaire et injuste ? Dans quel but effectuer un déploiement de police spectaculaire dans une gare alors qu'il n'y a qu'une poignée de fauteurs de trouble ? Comment se fait-il qu'il existe autant de tensions entre la population et ces forces de l'ordre, censées pourtant être là pour protéger et servir cette population ? Pourquoi une journaliste, habitant non loin du siège de l'UMP, a déclaré cette semaine que la zone était, je cite "occupée par les forces de police", et de plus en plus ces dernières années ?
Je n'ai malheureusement pas les réponses à ces questions. Mais sans doute certaines d'entre elles se cachent dans l'excellente politique du petit Nicolas, qui a eu la très bonne idée ces cinq dernières années de supprimer la police de proximité, et de faire du corps policier un outil uniquement de répression et plus du tout de prévention. On se plaignait du temps de Pasqua, le petit Nicolas a réussi à placer la barre encore plus haut. Chapeau bas. Et si notre cher ex-ministre de l'Intérieur venait à gagner les élections, quelque chose me dit qu'il ne s'arrêterait pas en si bon chemin. Un Etat sécuritaire et policier... Vraiment, j'ai hâte.
Pour conclure, juste une petite photo histoire de faire un peu de provoc'. :p

Bon, et pour connaître mon sentiment sur la campagne présidentielle (vous avez déjà eu un échantillon je pense...), il faudra donc patienter quelques jours.
Si avec un article comme ça je fais pas péter les commentaires, je démissionne. :p