15€10
Mercredi dernier je suis allé voir un film dont j'avais pas mal entendu parler, comme tout le monde je crois. Normal, c'est le film tiré du roman éponyme de Frédéric Beigbeder qui avait fait un carton quand il est sorti en 2000, et en plus de ça c'est un film dont le personnage principal est joué par Jean Dujardin, la nouvelle idole des jeunes. La preuve de ce que j'avance, c'est que vous savez déjà tous de quoi je veux parler. Et donc oui, je suis allé voir 99F.
Pour ceux qui ne savent pas encore de quoi il s'agit (mais comment avez-vous pu passer à côté de la promo ?), 99F (prononcer "Quatre-vingt-dix-neuf francs") est un film (et donc à la base un livre, suivez un peu) qui met en scène Octave, trentenaire parisien qui bosse dans une prestigieuse agence de pub en tant que créatif. Il est payé un salaire hallucinant pour trouver des slogans, pour avoir des idées de spots publicitaires ou d'affiches pour des grandes marques. Il est jeune, il est riche, il est insouciant, et il mène une vie décadente entre alcool, drogues et orgies. Il est d'un cynisme affligeant, mais tout roule pour lui. "Jamais crétin irresponsable n'aura été aussi puissant que moi depuis 2000 ans". Jusqu'au moment où il craque. Il réalise qu'il est un des acteurs de la société de consommation, cette société qui exploite, qui ment, qui manipule et qui fait acheter à la populace tout un tas de choses dont elle n'a pas besoin. Il se prend la réalité en pleine gueule, et il décide de se révolter. Seul contre la société de consommation. Qui prend les paris ?
Dès les premières minutes, Jan Kounen annonce la couleur : son film sera trash, son film sera déroutant, son film sera parfois à la limite du n'importequoiesque, ou son film ne sera pas. Au début du film, Octave se jette du haut d'un immeuble. Mais vu qu'Octave est complètement pété la moitié du film, on ne sait pas à quoi s'en tenir. Suicide, rêve, hallucination ? Quelques dizaines de secondes plus tard, Octave se réveille chez lui et se fraie un chemin entre came, corps nus et déjections ("Ah, mais... mais... c'est de la merde !") pour aller jusqu'à la salle de bains où il vomit sur une fille nue qui dormait dans la baignoire. Le ton est donné.
Sans complaisance, Kounen adapte le roman de Beigbeder et décrit un univers un peu à part, une sorte de sphère qui se situerait juste au-dessus du commun des mortels. Et il égratigne sérieusement le monde de la publicité et de la consommation. L'espace d'un peu plus d'une heure et demie, on n'est plus seulement du côté des récepteurs passifs de la publicité, mais on découvre un peu du monde des acteurs et des créateurs de cette publicité. Pourquoi, comment... Et la critique fait mouche. Les réunions interminables, les politiques marketing, les coeurs de cible, les impératifs, la fameuse ménagère de moins de 50 ans, les dérives, le trait est un peu grossi mais à peine (n'oublions pas que Beigbeder était lui-même publicitaire, et était donc bien placé pour savoir de quoi il parlait. Il a d'ailleurs été licencié de son agence peu après la parution du livre. Allez comprendre...).
Voilà pour le fond. Pour la forme... le film est original et flirte assez souvent avec le très étrange. Mais ça tombe bien : on se disait que Kounen avait un grain, qui mieux que lui pour mettre en scène les hallucinations d'Octave, ses rêves, ses délires ? C'est assez déstabilisant, ça donne au film un rythme assez particulier, il faut parfois s'accrocher un peu pour "suivre" (non pas que ça soit très important, c'est pas un thriller non plus), mais il y a quelques morceaux de bravoure particulièrement plaisants et réussis, des bonnes idées de mise en scène, et malgré le rythme un peu inégal du film, on passe globalement un bon moment. En plus de ça, Jean Dujardin porte le rôle à merveille, et tous les autres acteurs s'en donnent à coeur-joie (un petit bémol pour ma part à propos de Patrick Mille qui joue le rôle de Jeff, mais bon, c'est personnel). Et pour ne rien gâcher, les deux actrices principales sont... euh... très plaisantes à regarder (bon ok c'est des bombasses).
Bref, en résumé, 99F est un film réussi (je ne sais pas si c'est une bonne adaptation, n'ayant pas lu le livre), mais assez déroutant. Original, inattendu, cynique, parfois choquant, il n'est à mon avis pas accessible à tous les publics (et aurait dû en tout cas être interdit aux moins de 12 ans). Mais il vaut le coup, ne serait-ce que pour entr'apercevoir une fois les coulisses de la pub et une partie de ce que ça représente.
Ah, et si, une dernière chose. Le film se finit par une petite phrase "Le budget mondial annuel de la publicité est de 500 milliards d'euros. 10% de cette somme suffirait à réduire la faim dans le monde de moitié." Je ne veux pas lancer de polémique inutile, mais je trouve cette phrase un peu facile, surtout lâchée comme ça à l'issue d'un film dénonçant la société de consommation et les raccourcis de communication. On sort du film, on lit ça, on est obligé de se dire "Ah ouais, c'est dingue, 'tain mais à mort la pub, et ça sera la fête, tout le monde mangera à sa faim". Mais si on réfléchit deux secondes, ça ne veut rien dire. Qu'est-ce qui est compté dans ces 500 milliards ? C'est un chiffre tellement énorme que ça ne veut plus rien dire. Et comment on peut estimer le coût monétaire de la moitié de la faim dans le monde ? Et si on veut partir dans ce sens... le premier truc qui m'est venu à l'esprit après avoir lu ça, c'est "Et si on additionnait tous les salaires annuels de tous les joueurs de foot du monde, plus le coût des transferts, on arriverait à quelle somme ? On pourrait faire diminuer la faim dans le monde de moitié aussi en supprimant le foot ?".
Enfin bref, balancer des gros chiffres et une phrase choc, surtout dans de telles conditions, je trouve ça un peu facile... Dommage.