L'amie d'Al est morte et tout le monde s'en fout
Bon, je vous préviens tout de suite, je ne vais pas vous faire un cours de Neurologie. Premièrement j'en serais incapable, et deuxièmement on m'a dit dernièrement que mon blog devenait trop sérieux, alors il faut que je prouve au monde que cà n'est pas vrai. Enfin pas complètement en tout cas. :p
Ceci dit, j'ai eu un cours des plus intéressants ce matin et je me suis dit que ça serait super sympa de partager ça avec vous. Parce que oui, moi, je suis un gars super sympa. Non, ne me remerciez pas.
J'aurais aussi pu mettre cet article dans la série "L'organe du jour", mais en fait non, parce que si je vais effectivement vous parler essentiellement d'une structure particulière de notre organisme, je vais aussi parler d'autre chose, et surtout je ne vais pas faire un exposé exhaustif sur toutes les fonctions de cette structure.
Mais trèves de galéjades. Si je vous dis "amygdale", à quoi pensez-vous ? Là normalement vous ouvrez grand votre bouche en faisant "Aaaaaaahhh" pour me montrer le fond de votre gorge, ce qui est complètement ridicule parce que de toutes façons je ne pourrai pas vous voir et parce qu'en plus vous allez passer pour un(e) taré(e) auprès des collègues de bureau. Mais vous aurez raison, l'amygdale, c'est bien une structure au fond de la bouche, sauf que là on s'en fout, ça n'est pas du tout de ça dont je vais vous parler. Car s'il existe bien une amygdale linguale, il existe surtout une amygdale cérébrale, qui va nous intéresser plus particulièrement aujourd'hui. Cet ensemble de neurones va constituer une petite structure, présente comme quasiment tout dans le cerveau en double (une dans chaque hémisphère), représentée en jaune sur la photo suivante.

Vous remarquerez (ou pas) que l'amygdale est accolée à l'hippocampe, une autre structure, représentée en vert sur la photo. Ceux qui ont quelques notions de neurosciences savent sûrement que l'hippocampe est la structure associée à la mise en mémoire des informations dans le cerveau et à leur récupération.
Tous les mécanismes ne sont pas encore connus avec précision (c'est un champ de recherche passionnant), mais on connaît déjà pas mal de choses, en particulier par observation des lésions chez des patients.
Par exemple, en 1953, un patient du nom de H.M. était atteint de graves crises d'épilepsie. On l'opéra, détruisant pour ce faire l'hippocampe de façon bilatérale. C'était pas de chance, car les foyers épileptiques peuvent être n'importe où dans le cerveau. Lui, c'était pile sur l'hippocampe, et des deux côtés. Bien sûr, à l'époque on ne savait pas les conséquences que cette opération aurait. Résultat, H.M. souffre depuis l'opération d'une amnésie rétrograde de 9 mois avant l'opération (il ne se souvient pas du tout de ce qui s'est passé pendant ces 9 mois) et d'une amnésie antérograde qui l'empêche de garder les informations en mémoire plus de 5 minutes (et encore en se concentrant). Pour lui le temps s'est figé en 1953. Il sait toujours faire du vélo, compter, parler, mais si vous allez le voir à 10 minutes d'intervalle il aura tout oublié de votre identité et de votre première visite. Vous voyez le héros du film Memento ? Ben pareil.
Bref, je ferai sûrement un jour un article sur l'hippocampe et la mémoire mais là c'est l'amygdale, sa voisine, qui nous intéresse.
Moins connue, l'amygdale est surtout connue pour son rôle dans la gestion de la peur et des émotions. Quand un lion vous fonce dessus et que vous partez en courant (mais si, vous savez bien), c'est l'amygdale qui va envoyer au cerveau et au reste du corps les informations comme quoi la situation est dangereuse, que la fuite serait une bonne solution, et que pour faciliter ça il serait bon de donner un petit boost d'adrénaline et d'augmenter le rythme cardiaque pour que les muscles puissent travailler à fond. Tout ce qui est phobie, aversion (vous avez mangé un plat nouveau et vous avez été malade comme un chien pendant trois jours, du coup quand vous avez à nouveau le plat sous le nez vous dites "Je vais plutôt reprendre de la salade"), sensations de mal à l'aise dans certaines situations ("Hmmm, ce silence ne me dit rien qui vaille..."), ou tout simplement peurs innées (du noir, du feu, des prédateurs...), tout ça est géré principalement par l'amygdale.
Mais le rôle de l'amygdale ne s'arrête pas là. C'est aussi elle qui va nous aider à déterminer si une situation, une image, une odeur... est agréable ou désagréable. En gros, c'est elle qui va être responsable de nos réactions face aux stimulations du monde extérieur, et donc de nos émotions.
Et là encore, comme avec H.M., c'est grâce à des malades qu'on en a appris un peu plus sur cette structure. En effet, une maladie extrêmement rare (quelques cas répertoriés seulement) provoque la calcification (et donc la destruction) bilatérale de l'amygdale (c'est quand même pas de chance, là non plus). Résultat, les malades ne sont plus capables d'exprimer leurs émotions. Si on montre aux sujets des images jugées normalement "agréables" (beaux paysages, scènes joyeuses, animaux tout mignons) ou "désagréables" (chiens écrasés, corps mutilés, images de catastrophes ou de guerre) et qu'on leur demande de dire ce qu'ils en pensent, ils sont incapables de classer les images comme agréables ou désagréables. Ils répondent au hasard. Des tests ont aussi été fait sur des films, des films censés faire peur, des films tristes, des films drôles... les sujets n'ont absolument aucune réaction, et n'arrivent même pas à déterminer le genre du film.
Encore pire, ils sont incapables de déceler les émotions chez les autres. Ainsi, ils ne reconnaîtront pas les expressions de visage de leur interlocuteur, ou leur ton, et ne sauront pas dire si la personne qui leur parle est joyeuse, triste, énervée, ou juste neutre. Imaginez-vous un seul instant incapables d'interpréter l'état d'esprit des gens qui vous entourent...
Voilà, on pourrait continuer encore des heures sur ce sujet passionnant (enfin moi je trouve ça passionnant, après vous je sais pas, mais en même temps je force personne à lire ma prose ^^ ), mais on va en garder un peu pour plus tard, quand même. Si déjà, la prochaine fois que vous trouvez un truc drôle, dégueu, triste, que vous avez peur, que votre boss vous gueule dessus et que vous voyez qu'il n'est pas content, que vous en racontez une bien bonne à vos collègues et que vous vous rendez compte qu'ils ont trouvé ça drôle, ou pas, si vous vous dites "Aya comme elle est trop balèze mon amygdale !", alors j'aurais réussi ma mission... :)