Pride of Baghdad
Non, vous ne rêvez pas. Je ne me suis pas trompé de catégorie pour cet article. Je vous l'avais plus ou moins promis la semaine dernière, alors voilà, quasiment cinq mois (à quatre jours près) après la dernière en date, une nouvelle critique de bande dessinée. Il ne faut quand même pas oublier qu'à la base j'étais censé en faire une par semaine... ^^
Et pour repartir sur de bonnes bases, je voulais vous parler d'une bonne BD. Ca aide. Loin des séries hyper classiques, voici donc une bande dessinée dont vous n'avez probablement jamais entendu parler, Pride of Baghdad, scénario de Brian K. Vaughan et dessin de Niko Henrichon.

Sortie en France il y a quelques mois à peine, cette BD, ou plutôt ce "Graphic novel" (roman graphique) comme on nous le présente sur la quatrième de couverture, a l'énorme mérite d'être un one-shot, c'est-à-dire une histoire à part entière, qui se suffit à elle-même, sans tomes, sans suite. Pourquoi Graphic novel ? Parce que cet ouvrage n'a pas exactement le même format que les bandes dessinées qu'on trouve d'ordinaire dans nos boutiques préférées : il y a quasiment deux fois plus de pages, et les bandes blanches en bordure de page sont assez rares, permettant une meilleure immersion dans l'histoire.
L'histoire, justement, se déroule en 2003, et commence dans le zoo de Bagdad, ville plongée dans la guerre (je ne vous ferai pas l'affront de vous préciser de quelle guerre il s'agit). Dans ce cadre on ne peut plus réel, le lecteur va suivre les aventures de 4 lions, un mâle, deux femelles et un lionceau, qui ne vont pas tarder à profiter d'une explosion pour tenter de s'échapper du zoo. Le parti pris de cette bande dessinée, c'est que les animaux ont des noms et parlent, qu'ils expriment leurs sentiments, leurs inquiétudes, leur caractère. Le dessin, à la limite entre le réalisme et le dessin animé, est très réussi et sert l'histoire à la perfection. Ces éléments combinés font fatalement penser au Roi Lion (Disney forever) dans les premières pages, et même parfois après, mais petit à petit, alors qu'on plonge dans l'histoire, on oublie tout du reste, et on se rend compte que cette bande dessinée a une forte identité qui lui est propre.
A travers ces lions, les auteurs nous parlent de l'apprentissage, de la liberté, des liens qui existent entre les individus, de la guerre, et surtout de la bêtise humaine. Le genre d'histoire qui vaut le coup qu'on ferme la porte, qu'on coupe le téléphone et la télévision, et qu'on accompagne ces lions pendant quelques dizaines de minutes, en partageant leurs craintes, leur émerveillement, leurs combats... Et si ça marche, comme ça a été le cas pour moi, alors vous serez scotchés par les dix dernières pages et vous refermerez la BD, pensif, les yeux dans le vide pendant une ou deux minutes... Je ne vous gâcherai pas la fin mais... voilà, quoi.
Bref, une très jolie histoire, mais pas que, servie par des dessins parfaitement adaptés qui vous plongent directement dans l'ambiance, je ne peux que vous conseiller cette bande dessinée. Et si le prix (un peu plus cher qu'une BD classique, mais vu le format c'est tout à fait normal) vous rebute un peu, faites comme moi, et profitez honteusement de l'un de vos amis bédéphiles, ça vaut vraiment le coup.
Merci Thanos. :)
(Petite note culturelle : le mot anglais "Pride" du titre peut être traduit à la fois en "Horde", c'est à dire un groupe d'animaux, et en "Fierté". Petit double-sens sympathique... ^^ )