Mémoires de leurs pères
Lundi soir, je suis allé au cinéma. Ca faisait un bail que je n'étais rien allé voir, que ce soit par manque de temps ou par manque de films biens. Mais là il me restait des places prépayées à utiliser le 31 Octobre au plus tard, alors pour pas gâcher, Miss C. et moi on est allés voir Mémoires de nos pères, le dernier film de Clint Eastwood. A un jour près j'aurais pu aller voir Ne le dis à personne, Scoop ou Prête-moi ta main. C'est la vie.

Ce film est, avant tout, un film de guerre. Et oui, encore un. Un film de guerre américain qui plus est, ce qui n'est pas très original il faut bien l'avouer. Pire, il met en scène des soldats américains pendant la Seconde Guerre Mondiale. On devrait presque interdire ce sujet pendant un moment tant il y a eu de films à ce propos ces dernières années.
Mais cette fois, le réalisateur, Clint Eastwood en l'occurence, a choisi une approche originale, un traitement original, et une bataille assez peu connue, celle de l'île d'Iwo Jima, au Sud-Est des côtes japonaises, qui a eu lieu en Février-Mars 1945.
L'approche originale, c'est le point de départ du film, une simple photo, relativement célèbre aujourd'hui (elle a donné naissance à un monument connu aux Etats-Unis), mais qui a l'époque avait pris une importance capitale en acquérant le statut de symbole. Sur cette photo, on voit des soldats planter un drapeau américain sur le sommet de ce qui s'avère être Suribachi, la montagne dominant Iwo Jima, de laquelle les Japonais se défendaient, enterrés dans des tunnels creusés dans la roche.

Le traitement original, ce sont les incessants allers et retours dans le temps proposés par le film. On alterne présent, où un homme interroge les vétérans qui étaient sur place (ces rares scènes sont plus un prétexte de trame directrice qu'autre chose, et donnent à la fin un petit air de Big Fish assez étrange), et passé, mais là le film joue sur deux tableaux en parallèle, avec le "pendant la bataille" et le "après la bataille", ou plutôt le "après la photo". Les scènes de bataille font énormément penser à Il faut sauver le soldat Ryan, en particulier les scènes du débarquement sur l'île, et sont d'un réalisme saisissant, qui prend parfois aux tripes sans jamais tomber dans la débauche ou la violence gratuite. Le but d'Eastwood, cet effet "on s'y croirait", est atteint.
Mais l'un des côtés les plus intéressants du film, c'est justement ce qu'Eastwood nous raconte de cette photo, de son impact, et de comment elle a été exploitée pour redonner confiance aux gens et renflouer les caisses de l'armée américaine. On y voit l'"héroïsation" des soldats présents sur la photo, la façon dont ils sont utilisés, et comment ils vivent tout ça. En fait, c'est assez difficile à appréhender sans l'avoir vu, mais le film est véritablement ciblé sur cette photo : comment les soldats en sont arrivés là, comment elle a été prise, et quelles répercussions elle a eu.
Au-delà du film de guerre, c'est donc également une critique assez virulente de la société et de la nature humaine (rien que ça) qui est présentée ici. Et en plus de ça, la réalité historique est à couper le souffle. Il y a sans nul doute quelques éléments romancés dans le film, mais on sent que le réalisateur a voulu aussi montrer ce qui s'est passé comme ça c'est passé. Pour preuve, les photographies d'époque qui défilent pendant le générique de fin. On croirait parfois voir des photos du tournage du film. Et la ressemblance entre les vrais protagonistes de l'histoire et les acteurs qui les jouent est impressionnante.
Seul bémol, le film traîne un peu en longueur sur la fin. Le principal a été dit, montré, exposé, et j'ai trouvé que le film se perdait un peu sur la fin, se diluait. On sent qu'Eastwood a voulu planter le clou du "Ces hommes étaient tous des héros, il ne faut pas les oublier", c'est louable mais un peu pesant, surtout au bout de plus de deux heures.
Au final, un film à voir, ne serait-ce que pour élargir sa culture générale concernant la Seconde Guerre Mondiale. Un film intéressant, original, quasi documentaire parfois (souvent), qui a le mérite de ne pas sombrer dans le travers "Vive l'Amérique et les Américains !".
A noter le parti pris très intéressant d'Eastwood, qui a tourné un deuxième film sur ce même thème, la bataille d'Iwo Jima, mais vu du point de vue des Japonais. Ce film, Lettres d'Iwo Jima, est en post-production et devrait sortir courant 2007.