T'as un copain ? J'ai une colique !
Bon je suis un peu à la bourre, encore une fois, mais décidemment, il fait vraiment trop chaud. En plus du problème d'absence de rythme dont je vous parlais il y a un peu plus d'une semaine, la chaleur étouffante ne fait rien pour arranger les choses. Je dors assez mal à cause des températures qui ne veulent pas descendre, bref, ces derniers jours je me traîne tel le zombi moyen, n'ayant pas envie de faire quelque chose de plus compliqué que de rester assis ou couché quelque part et de ne plus bouger. Bon j'avoue j'exagère un tout petit peu, mais à peine. Je sais pas qui a dit que l'été c'était plutôt cool, perso j'échange contre un printemps quand vous voulez.
Bref, on s'en fout, on n'est pas là pour parler du beau temps et du beau temps, mais pour que je vous présente un jeu. Et vous n'allez pas être déçus du voyage, puisque c'est un petit phénomène dont je vais vous parler aujourd'hui, Bohnanza, sous-titré "Le bizness des haricots".

Dans la boîte, le matériel se résume à un peu plus de 150 cartes, et c'est tout. On ne s'encombre pas de pions, de plateau, de marqueurs, juste des cartes. Le jeu est prévu pour 3 à 7 joueurs (et comme souvent plus on est de fous, plus c'est rigolo), et une partie dure un peu moins d'une heure en moyenne. Si en théorie les enfants peuvent jouer (les mécanismes de jeu ne sont pas très complexes), en pratique il faut quand même une certaine mâturité et une certaine vivacité d'esprit pour qu'ils aient une chance de l'emporter face à des adultes qui sont, comme chacun le sait, vils et fourbes par nature.
Alors, de quoi s'agit-il ? Chaque joueur dispose de deux champs (emplacements virtuels devant lui sur la table) dans lesquels il peut planter des haricots. Car oui, c'est de ça qu'il s'agit, planter des haricots puis les récolter pour les revendre et gagner l'argent correspondant, le gagnant étant celui qui a le plus d'argent à la fin de la partie. Sur chaque carte est donc représenté un haricot, avec un dessin sympa, son nom (qui indique à quelle espèce il appartient, il y a onze espèces différentes, et les noms sont très subtilement trouvés : Harry Copain, Harry Cochon, Harry Cauchemar, ou Harry Colique...), le nombre de haricots de son espèce présents en jeu (ça va de 4 à 24), et le nombre de haricots de cette espèce qu'il faut planter dans un champ pour pouvoir gagner 1, 2, 3 ou 4 Thunes (la monnaie du jeu). Très logiquement, il faudra planter moins de haricots dont l'espèce est rare pour espérer toucher des Thunes, alors qu'il faudra accumuler un bon paquet de haricots dont l'espèce est très répandue pour toucher le pactole. Par exemple, il suffira d'avoir planté 2 Harry Copain (il y en a 12 en jeu) pour avoir 1 Thune, alors que pour les Harry Cochet qui sont plus nombreux (22 en jeu) il faut en récolter 4 pour gagner 1 Thune. Et il faudra accumuler 7 Harry Copain mais 11 Harry Cochet pour gagner 4 Thunes (le maximum qu'on peut gagner avec une récolte).
Chaque joueur a son tour va tout d'abord être obligé de planter le premier haricot de sa main (interdit de mélanger les cartes en main, elles doivent rester dans le même ordre, c'est une contrainte importante). S'il lui reste un emplacement de champ vide, ou si un champ comprend déjà cette espèce (on ne peut bien sûr planter que des haricots d'une même espèce dans un même champ), pas de souci, le joueur pose son haricot. Par contre, si ses deux champs sont déjà pris et que l'espèce ne correspond pas, il est obligé de récolter un de ses deux champs pour pouvoir planter son haricot, même si ce champ ne lui rapporte rien (parce qu'il n'a pas assez de haricots dedans). Il peut s'il le veut planter un deuxième haricot (cette fois-ci c'est facultatif). Ensuite, il prend les deux premières cartes de la pioche et les expose face visible au milieu de la table. C'est là qu'a lieu la partie du jeu la plus intéressante, puisqu'il va être possible pour tout le monde de négocier avec le joueur dont c'est le tour pour faire des échanges de haricots, se débarrasser des cartes qu'on ne veut pas, et récupérer des haricots dont on a déjà commencé à cultiver l'espèce. S'ensuit des tractations où chacun essaie de tirer son épingle du jeu ("Je te donne mes deux Cauchemar et tu me files ce Comique" ou "Bon ok je te file mon Colt (ce qui m'arrange bien parce que sinon il aurait fallu que je le plante au prochain tour et j'ai pas la place, mais chuuut), et tu me seras redevable"). Ce jeu élève la négociation, le bluff, les alliances, la fourberie, au rang d'art... Et c'est vraiment génial ! Enfin, le joueur tire les trois premières cartes de la pioche et les place dans sa main, histoire de se refaire un peu de stock, et on passe au joueur suivant. La partie s'arrête lorsque la pioche a été épuisée trois fois.
Ce jeu au concept tout de même assez original réussit le tour de force d'être à la fois fun et délirant, et subtil et sérieux. On passe un excellent moment entre amis ou en famille à négocier le plus adroitement possible pour rester en tête, tout en sachant que si on joue solo on ira pas bien loin sans l'aide des autres. Et puis c'est débile mais les noms des haricots font toujours rigoler, même au bout de plusieurs parties, et sont un réservoir à vannes inépuisable. T'as pas de copain ? T'as qu'à faire les cochons. A moins que je te refile ma colique. Bon, ok, on est restés de grands enfants, ça aide aussi... :p