L'expression mal orthographiée du jour (7)
L'expression mal orthographiée du jour est : "Passer sa pipe".
Il est de notoriété publique que les vieux messieurs, que l'on qualifie maintenant de seniors, passent toutes leurs journées à lire de gros ouvrages reliés, les besicles sur le nez, assis dans un fauteuil en cuir, avec pas loin d'eux un bureau en bois noble marqué par les ans, entouré de rayonnages dans lesquels on trouvera oeuvres rares et vieux disques. Si si, ils sont tous comme ça, ça n'est absolument pas un cliché, c'est la réalité. De plus, ils ont toujours cachés dans les poches de leurs vieux gilets des paquets de bonbons qu'ils offrent à tour de bras à leur petits-enfants en visite. Et puis ils ont souvent les cheveux blancs, beaucoup ont une moustache et certains ont même la barbe. Et, bien évidemment, tous autant qu'ils sont, pendant qu'ils lisent, ils fument la pipe.
Cette pipe, c'est leur bien le plus précieux, le symbole de leur sagesse accumulée au fil des ans, l'outil indispensable qui leur donne leur statut de vieux monsieur. Cette pipe, même quand ils ne la fument pas vraiment, ils l'exhibent toujours, comme un sceptre, et quand ils vous parlent ils la prennent dans la main et vous désignent les choses autour d'eux avec, comme un prolongement de leur corps.
Et bien entendu, comme tous les vieux messieurs, ils ont tout préparé pour le moment où ils quitteront ce monde. Et à ce moment-là, il est inconcevable que cet objet si précieux se perde dans le recoin sombre d'un placard ou tombe entre les mains de n'importe qui. Non, évidemment, cette pipe est transmise en héritage à leur fils aîné, qui deviendra lui aussi un vieux monsieur, un jour. Et ce jour-là, un vieux livre sur les genoux, des besicles sur le nez, assis dans leur fauteuil en cuir, la pipe à la bouche, ce fils pensera avec nostalgie au départ de son père, en se disant "Il paraît si loin et pourtant si proche, ce jour-là, lorsque ce vieil homme que je connaissais si bien et si peu a passé sa pipe..."