Un tramway nommé rupture
Cette semaine, c'est la grève des TCL. Ca faisait longtemps. Par contre, histoire de faire dans la nouveauté, la grève n'est pas toute la journée mais seulement de 7h à 9h du matin. Certes, la grève n'est pas trop suivie, mais rien que son concept est assez hallucinant : les TCL ont beau dire que les grèves ne visent pas à prendre en otage les usagers, faire grève de 7h à 9h, c'est-à-dire à l'heure où tout le monde part au travail, c'est un peu étrange. Vous allez me dire que c'est déjà mieux que s'ils faisaient grève toute la journée, ou alors que si c'était de 14h à 16h tout le monde s'en foutrait, mais ça n'en reste pas moins ridicule.
En plus de ça, mardi après-midi, en rentrant de cours, je rentre dans le tram et là je vois des contrôleurs à chaque porte, qui vérifiaient que tous les nouveaux entrants validaient bien leur ticket ou carte. Ils osaient contrôler les gens alors que le matin-même il y avait eu les deux heures de grève, et que j'avais dû partir plus tôt de chez moi pour aller à la fac à pied (et je pense que je ne suis pas le plus à plaindre, il y en a pour qui la grève c'est vraiment la galère pour se déplacer, surtout le matin). En fait, il faut bien comprendre qu'il y a un nombre hallucinant d'étudiants qui prennent le tram tous les matins entre 7h30 et 8h30 pour aller à la fac. En temps normal, le quai de mon arrêt (Charpennes pour les Lyonnais) est déjà bondé, et le tram est presque plein en arrivant, et il faut presque se battre pour avoir une chance de rentrer dedans, sans compter qu'il ne faut pas espérer pouvoir bouger pendant toute la durée du trajet, tellement on est serrés. Là, avec un tram sur deux (le taux de trams en fonctionnement était de 50%), je vous laisse imaginer la situation.
Et donc, en voyant ces contrôleurs, j'ai eu envie de ne pas valider mon abonnement, et à leur requête étonnée j'aurais répondu "Désolé mais cette semaine je ne valide qu'à 50%, et j'ai déjà validé hier, pas de chance" et là ils m'auraient répondu "Votre titre de validation s'il vous plaît monsieur" style "Tu me fais pas rire mon p'tit bonhomme" et je leur aurais répondu "Je paie mon abonnement chaque mois pour pouvoir circuler librement sur l'ensemble du réseau, je paie un service, et vous trouvez ça normal que ce matin j'aie dû aller à la fac à pied ?" et là ils m'auraient répondu "Votre titre de validation s'il vous plaît monsieur" et là je leur aurais dit que de toutes façons ils n'avaient pas le droit de me forcer à valider une carte sur laquelle une puce électronique contenait des informations personnelles à mon égard, et les libertés individuelles alors, non mais oh, et je crie si je veux, vous n'avez aucun droit, et ne me touchez pas, attendez que j'appelle mon avocat, j'ai le bras long moi monsieur, ma grande-tante connaît la mère de Jean-Jacques Goldman...
Mais en fait en voyant les contrôleurs le premier truc que j'ai fait en rentrant dans le tram (c'était presque un réflexe, j'ai honte), c'est de valider ma carte. Du coup après la tirade aurait été inutile... rebelle à la noix...
Bon mais en fait c'est pas de ça dont je voulais vous parler. Aujourd'hui, histoire que la semaine ne soit pas trop monotone non plus, c'était grève toute la journée. Du coup, quand je suis rentré cet après-midi, le tram était plein à craquer. Il faut vraiment aimer la promiscuité et la chaleur humaine dans ces cas-là... Bref, j'étais donc à environ 30cm d'une jeune demoiselle qui devait aussi rentrer de cours, nous étions entourés et compressés de toutes parts, et ce qu'on fait dans ces cas-là c'est qu'on regarde fixement un point très flou au loin, tout en faisant attention de ne pas mettre ses mains à des endroits critiques. Inutile de dire qu'elle n'avait donc pas besoin de parler très fort pour qu'une bonne douzaine de personnes l'entendent.
Et là, entre deux stations, son portable sonne. Elle l'avait déjà à la main (heureusement sinon elle n'aurait jamais eu la liberté de mouvement nécessaire pour aller le chercher dans son sac), elle décroche, et la conversation commence. Je n'entendais pas son interlocuteur, mais je ne pouvais pas faire autrement que de l'entendre, elle. Je me serais bouché les oreilles que je l'aurais encore entendue. Début de conversation, elle semble reprocher à la personne à l'autre bout du fil de ne ne pas avoir donné de nouvelles plus tôt, d'un ton hautain et méprisant. Ca continue, elle semble s'étonner de ce que lui dit l'autre, limite se moquer, et là vient le fatal "J'ai un truc à te dire aussi". Bon déjà ça sentait le roussi pour le gars en face. Et là, au milieu de son audience contrainte, elle sort de la façon la plus naturelle qui soit, comme si elle était seule au milieu de son salon "En fait je préfèrerais quelqu'un qui soit sur Lyon, tu comprends ?". Je vous passerai la suite de la conversation, qui était dans la continuité, et qui n'a d'ailleurs pas duré très longtemps, le mec ayant apparemment subitement perdu le signal une fois qu'il a compris que sa cause était perdue. Du bon gros largage en direct-live. La fille toute émue/énervée/triste, et moi, à 30cm, en train de fixer mon point loin, là-bas. C'était assez étrange. J'avoue que j'ai été content de sortir à l'air libre quelques minutes plus tard.
Enfin voilà, je ne sais pas vous, mais moi ça m'a pas mal choqué. Déjà que je ne supporte pas que quelqu'un d'autre entende mes conversations téléphoniques, qui ne regardent que moi et mon interlocuteur, mais en plus ce genre de trucs... Je sais pas, elle aurait pu attendre 5 minutes de sortir du tram, ou même carrément d'être chez elle, tranquille. Là c'était limite une prise d'otages émotionnelle. Bien sûr, j'exagère, mais vous avez compris l'idée. Comment on peut décemment faire ça, je vous le demande ?..
En tout cas, il s'en passe, de ces trucs, dans les transports en commun lyonnais...