Sii-Hen-Ere-Ess Actor's Studio
Hier après-midi, je suis allé au Parc de la Tête d'Or. Jusque-là, rien de très original. Mais je n'y suis pas allé pour me balader, non non. Pas pour courir non plus, ni pour voir les animaux, ni pour aller me vautrer sur l'herbe au soleil, ni pour pique-niquer, rien de tout ça. J'y suis allé pour faire l'acteur. Si ça ça déchire pas...
En fait, Miss C. participe cette semaine à un projet de vidéo, organisé par son laboratoire de linguistique et le CNRS, destiné à faire un film qui permettra d'étudier certains aspects linguistiques et cognitifs de plusieurs peuples. L'idée, c'est de filmer des gens qui font des actions toutes simples mais impliquant une notion de mouvement : un homme qui traverse un pont en marchant de gauche à droite, une femme qui entre dans une grotte puis en ressort en courant, des descentes de pente, des passages derrière ou devant un objet ou une autre personne, bref, des petites saynètes de quelques secondes impliquant des gens qui bougent. Après, les linguistes montrent ça aux gens dont ils souhaitent étudier la notion de mouvement dans leur langue, et ils leur demandent de décrire ce qu'ils voient à l'écran. On notera (petit cours de linguistique pour les nuls) qu'il existe essentiellement deux façons de décrire le mouvement, par exemple en anglais le type de mouvement est encodé dans le verbe d'action ("He ran across the room", le verbe ran (run) exprime la notion de course) alors qu'en français pas du tout ("Il a traversé la pièce en courant", le verbe "traverser" n'implique pas du tout l'idée de course, il faut rajouter une précision dans la phrase, ici "en courant").
Ca permet donc aux linguistes qui s'occupent du projet de mieux comprendre comment les notions d'espace, de mouvement et de trajectoire sont représentées dans la langue étudiée. Surtout que dans certaines langues, par exemple, les notions de droite et de gauche (repère relatif par rapport à la personne qui s'exprime) n'existent pas, et que tous les repères sont absolus (certains peuples savent intuitivement où est le Nord en permanence par exemple, et s'orientent par rapport à ce repère, ce qui transparaît bien sûr dans leur langage). Je vais arrêter là avec la linguistique parce que je vais raconter des bêtises et après je vais me faire tirer les oreilles... :/
Enfin voilà, du coup, pas de budget tout ça, j'ai rendu service en faisant le gars qui traversait le pont ou qui sortait de la grotte en courant pendant quelques heures. Ce qui était rigolo, c'était qu'il fallait s'habiller d'une certaine façon pour ne pas choquer les potentiels spectateurs de la vidéo, en l'occurence des Indiens d'Amazonie par exemple : des couleurs ni trop claires ni trop foncées, jupe obligatoire pour les filles (sinon ils croient que c'est des hommes), pas de décolleté, des trucs comme ça. C'était aussi sympa parce que le caméraman était un professionnel, avec une jolie caméra numérique, un vrai clap sur lequel on écrivait à la craie, des blancs avant chaque scène, et plein de trucs de pros qui faisaient (presque) comme à Hollywood.
Et du coup, ça m'a redonné envie de jouer. Ca fait des années que je veux me remettre au théâtre, malheureusement avec le nombre de compagnies difficile de savoir lesquelles valent le coup ou non, et en plus de ça c'est quand même assez cher. Mais je vais quand même me renseigner à la fac à la rentrée, on sait jamais.
Et un jour, oui, un jour, moi aussi... je jouerai dans Kaamelott ! :D