Le mystère du pistolet en plastique
Alors je sais que certains d'entre vous vont se dire que je fais une fixette sur mon dentiste, vu que j'en parlais déjà il y a un mois, mais cet article a une vraie histoire, que je vais m'empresser de vous conter.
Cet après-midi, j'étais chez le dentiste. Oui, encore. En réalité, c'était le cinquième rendez-vous en pile deux mois, ma première visite chez ce "nouveau" dentiste datant du 13 décembre (calendrier à l'appui). Lors de cette première consultation, il a fait le tour de mes quenottes, a trouvé, comme je vous l'avais dit, trois minuscules débuts de caries, et a commencé le détartrage annuel. Mais que sur les dents du bas. Durée totale : environ 20 minutes. A la deuxième visite, il a continué (et fini, faut pas déconner non plus) le détartrage, en faisant les dents du haut. Durée : 15 minutes. A la troisième visite, il a nettoyé et bouché le début de carie le plus important, et j'ai eu droit à ma première anesthésie locale de dentiste. Moi qui déteste les piqûres, j'ai rien senti, c'était trop classe. Enfin, quand je dis que j'ai rien senti...
C'était aussi pour moi ma première expérience de roulette, l'instrument de torture tant redouté des dentistes (qui sont tous des psychopathes derrière leur masque blanc, on le sait bien). Alors je sais pas si c'est normal, mais j'ai rien senti au niveau douleur, par contre quand il s'est mis à faire des trucs pas très catholiques sur ma dent avec son bidule qui fait "Rzrzrzrzrzrzr" (à peu près), j'ai de la fumée qui a commencé à sortir de ma bouche, et ça sentait le cochon grillé, comme quand on se brûle des poils ou des cheveux. C'était une grande révélation pour moi : quand on lime une dent à la roulette, ça sent pareil que quand on se brûle des poils. Dingue.
Bref, tout ça pour dire, durée totale de l'opération : 15-20 minutes. Quatrième séance, il y a deux semaines, nettoyage du deuxième début de carie, tellement minuscule qu'il n'y a même pas eu besoin d'anesthésie, durée : 10 minutes. J'ai cru qu'il allait me faire la dernière dans la foulée mais non, hop rendez-vous pour aujourd'hui, cinquième séance, nettoyage de la dernière carie : 5-10 minutes. Style il aurait pas pu le faire la dernière fois. Je le soupçonne d'avoir un peu étalé exprès quand même. Bref, du coup, aujourd'hui c'était aussi le moment de passer à la caisse. Cinq séances plus les soins, forcément, je m'attendais pas à payer 20 euros. Et je me suis retrouvé en train de faire un joli chèque de 165 euros et des poussières. Moi je m'en fous, il est conventionné et je vais être complètement remboursé par la Sécu. Mais justement, c'est pour elle, la pauvre vieille Sécu, que je m'inquiète. Pendant qu'on me rebouche les trous de carie dans les dents, on creuse un peu plus son fameux trou, à la Sécu. Lavoisier avait bien raison : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. On remplace de l'émail en perdant de la maille (oh oh oh).
Bon mais en fait tout ça on s'en fout un peu. Si si, allez, je le sais bien. En fait ce dont je voulais vous parler aujourd'hui c'est de l'un des instruments de torture dudit dentiste. Je replace dans le contexte. Fin de la troisième séance (celle avec l'anesthésie), après avoir nettoyé ma petite dent, le monsieur en blanc, aidé de sa charmante assistante, se voit dans l'obligation de reboucher le trou béant qu'il a creusé. Je le vois alors mettre une sorte de pâte blanchâtre au bout d'un ustensile en métal, pour pouvoir l'appliquer au niveau du trou en question. Puis, une fois la pâte en place, je le vois sortir une sorte de pistolet en plastique blanc, avec un viseur en plastique orange. Quand j'ai raconté ça ce matin à Miss L. à la fac, elle s'est foutu de moi en me demandant pourquoi mon dentiste s'amusait à me menacer avec les jouets de son fils. Tsss... Bref, il sort ce truc, le pointe vers ma dent où il vient d'appliquer la pâte, appuie sur un bouton (j'entends un "bip", plus rien, puis deux autres petits "bip"), puis le repose. Il remet de la pâte, et recommence son petit manège, trois ou quatre fois. Moi, pendant ce temps-là, je ne sens absolument rien. Je me dis que c'est l'anesthésie. Cinquième séance, pas d'anesthésie, nettoyage de carie, et hop, il remet ça, pâte plus pisto-laser du futur, et je ne sens toujours rien. Ca m'interloque. Est-ce que mon dentiste se fout de moi, et si non alors quelle est cette technologie extraterrestre qu'il teste sur moi ? Déjà, il a pas dit "Haut les mains !" et c'est plutôt bon signe.
Bref, aujourd'hui, après la troisième sortie du flinguodent positronique, au moment de payer, ni une ni deux je prends mon courage à deux mains et, au risque d'être ridicule et de passer pour un noob de l'orthodontie (ce que je suis), je lui demande "Comment ça marche, le pistolet là ?".
Et bien figurez-vous que la pâte utilisée pour boucher les trous n'est rien de moins qu'une résine composite photopolymérisable, autrement dit un composé qui durcit à la lumière, et en particulier aux ultra-violets. Et le pistolet en question, au final, se révèle n'être rien d'autre qu'une sorte de lampe à bronzer miniature super-ciblée. Ca vous en bouche un coin hein ? Ben moi ça m'a bouché trois dents. On arrête pas le progrès...
Bon ben voilà, tout ça pour ça. J'aurai eclairci le mystère du pistolet orange et blanc. Si ça se trouve vous saviez déjà tous ce que c'était et vous allez bien vous foutre de moi en lisant cet article, mais tant pis, j'assume mon ignorance dentistique. Bon et puis au moins, maintenant, normalement, je ne devrais plus vous parler de mon dentiste avant l'année prochaine...