Tel est son nom de code
Aujourd'hui je voulais vous parler d'un truc qui m'est venu en tête il y a quelque temps, alors que je passais devant un kiosque à journaux (pour une fois, l'idée ne m'est pas venue dans le métro :p ). Alors que mes yeux sont tombés par hasard sur un torse d'homme aussi musclé qu'imberbe étalé sur la couverture d'un magazine, j'ai su avant même de voir le titre de quel magazine il s'agissait. Et il y a des chances pour que vous aussi, avant que je ne vous confirme la réponse, ayez deviné de quel magazine je veux parler : Têtu, le magazine pour les mâles qui aiment les mâles.
Et le fait d'avoir deviné le titre du magazine avant de le lire m'a mené à cette incroyable découverte : le seul magazine (ou presque, j'exagère un poil) où l'on peut voir des jeunes éphèbes à moitié nus sur la couverture est un magazine pour homosexuels. Poussant un peu mon raisonnement, je me suis dit qu'effectivement, sur les couvertures des magazines dits masculins (genre Max, FHM, tout ça, je ne suis pas (plus) un spécialiste), ce qu'on voyait le plus souvent c'était des bonnasses à moitié nues. Et sur les couvertures des magazines dits féminins (genre Elle, Jeune & Jolie, tout ça, je ne suis pas (et n'ai jamais été) un spécialiste), ce qu'on voit le plus souvent, c'est... je vous le donne en mille, des bonnasses à moitié nues.
Bon, pour le "à moitié nues" j'exagère peut-être aussi un peu, ce n'est pas toujours tout à fait vrai, mais je pense que vous avez saisi le concept général.
Et c'est partant de cette simple constatation que mon esprit de scientifique a pris le dessus pour trouver une explication. Parce que finalement, ça n'est pas très logique. Qu'on mette des bombes sexuelles (de sexe définitivement féminin, aucun doute n'est possible) en couverture pour attirer le mâle moyen, ça, ça peut se comprendre, et plutôt deux fois qu'une (mettez une jolie fille courtement vêtue et nonchalamment appuyée sur une voiture de sport et là c'est la fête, mais les éditeurs ne doivent sortir l'artillerie lourde que pour les grandes occasions). Mais qu'on mette les mêmes bombes sexuelles (ou presque) en couverture pour attirer la femelle moyenne (ben oui, mâle, femelle, faites pas vos outrées), là je ne comprends plus. Et si on regarde cette fois dans ces mêmes magazines féminins, c'est pareil, il y a tout plein de jeunes demoiselles en maillots ou en petits hauts moulants, jean stretch, tout ça tout ça.
L'explication logique, qui serait celle donnée par exemple par un extra-terrestre qui débarquerait sur notre planète par hasard après avoir pris à gauche après Orion alors qu'on lui avait indiqué la droite, pourrait être que les hommes sont attirés par les femmes, jolies de préférence, et que les femmes sont pareillement attirés par les femmes, jolies de préférence. Ce qui serait fort dommageable pour la pérennité de l'espèce humaine, et plutôt triste pour les hommes, au final.
Mais comme nous le savons tous, la vérité est ailleurs (Mulder, sors de ce corps !). Une fois de plus, la fameuse théorie de l'égalité homme/femme (complètement illusoire, on est bien d'accord) est mise à mal par cette simple constatation : alors que les hommes, basiquement, sont intéressés par le sexe opposé et se contrefoutent royalement de la tête du voisin, les femmes, quant à elles, sont intéressées aussi bien par les hommes que par les femmes, mais pour des raisons différentes, bien sûr. Par les hommes parce que Dame Nature titille leurs hormones, ce qui est plutôt normal, mais aussi par les femmes parce qu'elles ne se contrefoutent absolument pas de la tête de la voisine. Et encore moins de ses fesses. C'est bien triste, mais alors que les hommes traversent la vie avec l'insouciance qui les caractérise, les femmes sont constamment en train de se remettre en question, par rapport à elles, par rapport aux hommes, par rapport aux autres femmes... Les pauvres.
Et ça les magazines l'ont bien compris. Les magazines masculins en appellent aux instincts les plus basiques des hommes (et "homme" et "basique" ça va bien ensemble, normal que ça marche), et les magazines féminins en appellent à l'incertitude chronique des femmes, en leur disant "Regarde comment elle porte bien le maillot, si tu n'arrives pas à lui ressembler tu seras toute ta vie une ratée ma pauvre fille !". Et ça marche...
Enfin voilà où m'a menée cette bête couverture de Têtu, il y a beaucoup de généralisations hâtives et de raccourcis incertains dans cette petite analyse, mais globalement, je pense ne pas être trop loin de la vérité. J'avais déjà fait un article sur un thème plus ou moins similaire à propos d'une couverture de Elle et des fameux régimes pour l'été l'année dernière, en disant qu'il ne fallait pas que les femmes soient des victimes du système, mais en y réfléchissant bien c'est plus complexe que ça, j'ai parfois l'impression que c'est ancré au plus profond d'elles. Génétique ? Je ne pense pas. Culturel ? Sans doute. Mais pour changer ça, c'est sûrement déjà trop tard.
Quoique... peut-être que les femmes n'auront pas besoin de se rebeller contre la société qui les harcèle pour revenir à égalité avec les hommes. Peut-être bien que, d'une façon plutôt inattendue, ce sont les hommes qui au contraire vont rejoindre les femmes sur leur propre terrain et devenir à leur tour des victimes de la société de consommation, des victimes du paraître avant l'être, des victimes de la mode. Vous avez entendu parler des métrosexuels ?..