Lost in the subway
Des fois, je me dis que j'ai un peu trop d'imagination. Défaut ou qualité ? Bénédiction ou malédiction ? Je ne sais pas trop. Toujours est-il qu'il se passe de ces choses dans ma tête, si vous saviez...
Il y a de ça déjà un moment, que je ne saurais pas situer exactement dans la chaîne du temps (je dirais deux ans, peut-être trois), j'étais dans le métro lyonnais, chose qui je dois l'avouer m'arrive relativement souvent. Je ne sais plus si le trajet était spécialement long, ou si je m'ennuyais particulièrement, n'ayant pas de livre sous la main à cette période-là, toujours est-il que la zone "Et si ?.." de mon imagination réputée fertile s'est mise en branle.
Et je me suis soudain demandé ce qui se passerait si le wagon dans lequel je me trouvais passait soudainement dans une autre dimension, un peu comme s'il avait traversé au pif la Porte des Etoiles de Stargate. J'imaginai d'abord ce qui se passerait de ce côté-ci, des étincelles, un peu comme quand la DeLorean atteint les 88 miles à l'heure dans Retour vers le futur, ou alors un grand "pop" (rien à voir avec les Chevaliers du Zodiaque), comme quand quelque chose disparaît subitement et que l'air vient remplir cette place vide, ce qui, nous sommes bien d'accord, n'arrive que dans les films. Et puis les gens des TCL bien embêtés d'avoir un wagon disparu comme ça, et ne pouvant fournir aucune explication ni aux éventuels témoins, ni aux proches des disparus. L'enquête pour essayer de comprendre, n'aboutissant pas. Mulder expliquant à Scully que c'est un coup des extra-terrestres, ou alors peut-être du gouvernement. Une situation complètement absurde dans notre monde réel, quoi. Forcément...
Ensuite, j'ai commencé à me pencher sur la partie beaucoup plus intéressante, enfin en tout cas pour moi puisqu'elle me concernait directement, vu que je faisais partie des disparus : que pouvait-il bien advenir de ce wagon de métro volatilisé comme par magie ? Et bien je le voyais échoué sur une plage de sable fin, dans un endroit complètement inconnu, bercé par le bruit des vagues et du vent dans les feuilles des arbres. Une île ? Notre monde ou un autre ? Je ne sais pas trop, juste ce wagon, rempli de ces gens complètement sonnés, posé au milieu de cette étendue de sable. Je crois que c'est à ce moment que je suis arrivé à ma station et que je suis descendu. Pas de traces de sable, pas de disparition mystère, juste ma destination et des escaliers m'amenant à un endroit quelconque de la ville.
Quelques jours plus tard, sur le même trajet ou sur un autre, peu importe, je repris mon scénario qui m'avait quand même bien plu et j'essayai d'aller plus loin. Je me mis à observer les gens qui étaient présents avec moi dans ce wagon de métro. Les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes, les couples, les isolés, ceux qui discutaient, ceux qui riaient, ceux qui lisaient, ceux qui dormaient, ceux qui avaient l'air d'être loin, peut-être sur une plage, ailleurs... Et en regardant tous ces gens, je me demandais quelle serait leur réaction s'ils se retrouvaient tout d'un coup là-bas, entourés de sable. Ne connaissant pas du tout ces personnes, j'essayais de deviner au mieux leur réactions éventuelles en fonction de leur physionomie, de leur attitude globale, de leurs vêtements... Et à partir de ce moment, l'histoire pouvait se dérouler, presque sous mes yeux. Ceux qui paniquaient, ceux qui restaient sans rien faire, choqués, ceux qui prenaient les choses en main en tentant de rassurer les autres, puis, passé le premier choc, l'organisation rapide pour tenter de comprendre ce qui s'était passé (comme si on pouvait trouver une explication à ce genre de choses), l'exploration des environs, et la mise en place de la survie. J'allai même jusqu'à imaginer la mise en place d'un système de cordes tressées en lianes, rattachant chaque personne à l'intérieur du métro, seul vestige du monde "réel", au cas où celui-ci déciderait subitement de revenir dans sa dimension d'origine... plus mille et un autres détails, mais on ne va pas non plus y passer la nuit.
Depuis, de temps à autres, il m'est arrivé de repenser à ça, et d'observer les gens dans mon wagon, d'imaginer leur réaction, de me demander avec lesquels d'entre eux je m'entendrais bien le cas échéant... Une façon comme une autre de faire passer le temps du voyage. ;)
Et je tiens quand même à préciser que bien sûr, à l'époque, je n'avais pas encore entendu parler de la série Lost. D'ailleurs depuis je me suis dit que c'était quand même facile de trouver un concept pour une histoire qui marche, hein... En plus, ils sont bêtes, s'ils avaient pris mon idée, ça leur aurait coûté beaucoup moins cher en effets spéciaux et en matériel. Pourquoi aller faire s'écraser un avion alors qu'avec un bête wagon de métro ça marche aussi bien ? Enfin, pas grave, je vais aller vendre mon idée à France 3 Rhône-Alpes-Auvergne, ils feront peut-être un épisode de Louis la Brocante où il prend le métro et il se retrouve sur une plage. On sait jamais...
Et si vous êtes sages la prochaine fois je vous raconterai pourquoi quand j'étais plus jeune, à l'école, je me marrais tout seul des fois en regardant par la fenêtre... :)