Vu à la télé
Je ne sais pas si vous avez vu le film de Michael Moore "Bowling for Columbine". Si oui, c'est bien. Si non, allez le louer au Vidéo Futur (pub gratuite) le plus proche de chez vous. En attendant, je vous livre une des idées-clé du film : les média américains, en particulier la télévision et certaines chaînes nationales, abreuvent les citoyens américains d'informations "effrayantes" (peur du terrorisme, bien sûr, c'est toujours à la mode, mais aussi peur du voisin, peur des animaux, peur de la nourriture, peur des étrangers, peur des maladies, peur, peur, peur...) ce qui crée comme on peut l'imaginer un climat tout à fait sain, ce qui n'est probablement pas étranger au taux de violence observé dans le pays (qui est je ne sais plus combien de fois supérieur à celui du Canada par exemple, alors que les deux pays sont quand même très proches).
Alors bon forcément, en voyant ce film, on se dit "Ahlala, mais vraiment mais ces Américains mais n'importe quoi..." parce que forcément, c'est facile de critiquer. Mais si on fait un petit effort et qu'on regarde du côté de la poutre qui est en train de nous pousser dans l'oeil, on se rend malheureusement compte que certains de nos médias, de plus en plus, commencent à faire pareil, secondés gaillardement par certains de nos euh... "hommes politiques". Pour certains c'est un fond de commerce depuis des années, c'est pas nouveau (je ne citerai personne, ni Jean-Marie ni Monsieur le Vicomte Philippe, pas de polémique), pour d'autres c'est un tout petit peu plus subtil et vu que ça marche, pourquoi s'en priver (je ne citerai pas Nicolas, pas de polémique, quand je vois Drucker qui lui lèche les bottes tout un après-midi sur la 2 ça me donne envie de pleurer, je l'aimais bien moi Michel mais bon visiblement l'âge touche tout le monde).
Et vu qu'un petit dessin vaut mieux qu'un long discours, je ne dessinerai absolument rien, j'illustrerai juste ce petit bout de pensée par un lien. Une fois rendu à cette adresse, allez dans "Consulter les archives" et choisissez le 20h du 17 Janvier (dépêchez-vous ça risque de ne pas rester disponible très lontemps). Une fois la vidéo lancée, allez directement au sujet "Internet : la passion dangereuse des jeux en ligne". Rien que le titre déjà nous annonce la couleur. On va parler d'un truc dangereux.
Ca me fait un peu mal de mettre un lien vers le site de TF1 mais bon, il faut ce qu'il faut. Alors, de quoi s'agit-il ? Et bien regardez le reportage, tout est très clair. Comme souvent dans les reportages des journaux télévisés d'ailleurs.
"Un phénomène inquiétant à présent, de plus en plus de Français se passionneraient dangereusement pour les jeux en ligne..." C'est bien ça, aucun parti pris, du vrai journalisme comme on l'aime. Et puis en plus si c'est PPDA qui le dit, c'est que ça doit être vrai hein.
"Deux d'entre eux ont même dû être hospitalisés dans un établissement psychiatrique." Ah ben voilà, on y est. Les jeux en ligne ça rend fou et on va nous le prouver. Il y a quelques années c'était les jeux vidéo pas en ligne, un peu avant c'était les films à la Scream, un peu avant les jeux de rôle... ah oui y'a eu le rock'n roll aussi je crois. Et les chips à la moutarde, ça rend fou les chips à la moutarde ? Je me rappelle pas avoir vu de reportage sur TF1 alors ça doit aller.
S'ensuit le reportage en lui-même, où le journaliste de terrain interview un jeune (aïe) de 26 ans, sans emploi (houla), qui passe 60 heures par semaine sur... World of Warcraft. Forcément, 60 heures par semaine c'est beaucoup. Mais ce que j'aime surtout c'est le commentaire en voix off : "Un message s'affiche, il n'arrive plus à parler, l'ordinateur accapare son attention, il a des difficultés à résister à l'appel" (à dire d'un air un peu dramatique).
Après forcément le psychiatre de service, obligé (je vous dirai ce que je pense de la caution scientifique un autre jour), qui nous décrit le cas d'un joueur qui se prenait pour son personnage et qui croyait pouvoir se rendre invisible dans son appart'. C'est sûr, cette personne devait être totalement équilibrée à la base, le jeu en ligne (vade retro) l'a fait basculer dans la folie. Et c'est ce qui attend tous les joueurs, ou en tout cas une grosse proportion, sinon on n'en parlerait pas au journal quand même...
Ok, j'avoue, je ne suis pas objectif dans mon analyse. Sans doute parce que je suis concerné de près. Mais que je ne sois pas objectif, c'est une chose. Qu'un reportage au 20h de la première chaîne nationale ne soit pas objectif, c'en est une autre. Et là, aussi bien dans les termes employés que dans la façon dont le reportage est monté, il est évident que ce reportage est tout sauf objectif. J'ai l'impression que la rédaction s'est dit "On va prendre un truc pas très connu du grand public, et puis on va dire comme c'est dangereux, les gens aiment bien pouvoir diaboliser des trucs pas trop connus". Et du coup lambda1 et lambda2 se disent en regardant ça dans leur fauteuil : "Rhooo mais tu te rends compte, ça fait peur quand même !".
Et j'ai mis ce reportage en exergue parce qu'il me touche (et donc me fait rire) plus particulièrement, mais ce qui est triste c'est que c'est loin d'être un cas isolé. Plus je regarde les infos des chaînes principales, et plus je prends peur. Non pas à cause du contenu, mais à cause de l'intention générale que je perçois derrière.
Alors traitez-moi de paranoïaque aïgu tant que vous voudrez (après tout je joue aux jeux en ligne, je suis sûrement en passe de devenir complètement timbré), mais si vous voulez me faire plaisir, juste un peu, alors utilisez votre sens critique.
Voilà, ça sera mon message militant du jour...